LA LETTRE D'AMOUR

Les mots de Mörgeli et le vide

TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN

Quel bonheur, Christoph Mörgeli, quelle joie de te voir si
désemparé! Aboyant comme ces caniches nains au poil
richement sculpté, sautillant comme ces crapauds au goitre
gonflé, errant de-ça, de-là, comme ces chats égarés vite devenus
galeux. Un vrai bestiaire, voilà ce que tu es devenu, Christoph, et
c’est assez plaisant à détailler.

Récapitulons, veux-tu? On te croyait idéologue du nationalconservatisme,
on te supputait éminence grise des extrémistes
populistes, on te pensait penseur en somme, et voilà qu’on te
découvre tout à coup aussi mal pris qu’un matou châtré devant
un amour impossible. C’est sans doute que les gens que tu
méprises ne sont, eux, pas si bêtes, mon Christoph. Et que
l’outrance a fini par lasser jusqu’aux électeurs les plus béats.
Bigre, même dans ton propre parti, il arrive qu’on réfléchisse. Et,
quand on le fait, on se demande si tu n’es pas en train de
desservir la cause qui t’a été confiée en vomissant pêle-mêle tes
propres élus à Zurich, le patron des patrons suisses et un exconseiller
fédéral.

On a raison de se le demander.

Déjà, par ta grâce exclusivement ou presque, un siège UDC
zurichois est perdu. Déjà, las de vos délires à tous et du tien en
particulier, le soutien financier et intellectuel des milieux
économiques commence à se tarir pour ton parti. Déjà, fatigué
par vos contradictions en général et par les tiennes en particulier,
le citoyen commence à se demander si un zest de Schengen, une
pincée de Dublin et un petit rien de bilatérales ne valent pas
mieux qu’un mot d’ordre de l’UDC.

C’est que, en somme, il est là, le problème, Christoph. Ton
national-conservatisme se révèle au final un peu verbeux, et
n’importe quel propagandiste te dira que ce n’est pas bien d’être
verbeux, pour imposer une idéologie quelconque. En disant
verbeux, je veux bien sûr dire très excessif sur les termes et très
vide sur le fond. Certes, il y a les mots, les tiens, ceux de Blocher,
de Freysinger ou de Perrin, mais, des actes, on n’en voit point.
Point de réalisations tangibles pour le pays, point de succès en
matière de justice ou de police, point de victoires non
cosmétiques en termes d’asile, point de véritables réussites sur
la sécurité, les trafiquants de drogue africains ou l’immigration
clandestine.

Rien. Rien, en somme, que vos mots à tous, nationauxconservatistes.
Des mots sales, des sales mots.

Du grand vide.

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