L'INFO

Policiers genevois: pan dans les livres!

Au salon de l'étudiant, ils apprennent le maniement des
armes à des gamins.

TEXTE: BÉATRICE SCHAAD

Que fait un policier genevois au Salon du livre, de la
presse et de l'étudiant? Il lit? Il étudie? Il cherche une
nouvelle police de caractères? Non, il tire au colt. Ou
comment confondre relations épistolaires et pistolières.
C'est la nouvelle pignouferie des gendarmes, qui clôture
une belle et longue année de gaffes.
Au départ, rien à redire: la police genevoise approche le
Salon de l'étudiant pour avoir un stand. Elle se propose,
comme le raconte Sophie Rossier, collaboratrice de
l'organisation du salon, «de montrer les différentes
facettes du métier». Dès le 27 avril dernier, on y
découvre en effet les diverses missions du gendarme.
Mais l'attraction, le phénix des lieux, c'est un simulateur
de tir. Les amateurs de bouquins peuvent ainsi passer
sans transition de Mallarmé à solidement calibré.
Première interrogation: qu'est-ce qu'un simulateur de tir
peut bien faire dans le Salon de l'étudiant? «Chaque
année, nous changeons d'attraction. En 2004, nous
présentions les techniques d'enquête comme le
portrait-robot. Cette année, c'est le tir, c'est un des
aspects du métier», justifie Philippe Cosandey, porteparole
de la police. Tout juste, mon général, mais un
aspect pour le moins mineur, comme l'explique ce
criminologue réputé: «La grande majorité des policiers
traversent leur vie professionnelle sans tirer une seule
fois dans leur vie. En gros, continue-t-il, c'est un peu
comme si, autrefois, on avait montré les fonctions de la
justice en détaillant le maniement de la guillotine.»
Mais il y a plus étonnant: sur le stand, les policiers ont
affiché une limite d'âge fixée à 16 ans. Or, ce sont des
gamins – même de 8 ans – à qui les policiers
apprennent à se familiariser avec des armes. «Nous
avons tout fait pour éviter de prendre des petits Rambo,
se défend Philippe Cosandey. Et puis, ils étaient
encadrés par un instructeur de tir.» Pas de quoi
convaincre Ruedi Tobler, président du Conseil suisse
pour la paix, en pleine campagne contre la circulation
des armes à feu en Suisse: «Une telle pratique chez de
si jeunes enfants est proprement scandaleuse et
participe à banaliser l'objet.» Pour lui, «en faisant du tir
une divertissante attraction, la police genevoise passe à
côté de sa mission qui devrait justement être de limiter
au maximum l'accès aux armes». En clair, c'est ce qui
s'appelle se tirer une balle dans le pied.

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