LA PÉPITE

Le recrutement, un art majeur

Le fameux collectionneur et créateur de musée, Jean-
Paul Barbier-Mueller a récemment fait paraître dans le
feuillet «Emploi» de la Tribune de Genève une annonce
pour remplacer sa secrétaire personnelle. On croyait
connaître les attributs classiques d'une telle fonction,
mais ce ne sont vraisemblablement pas ceux qui
s'appliquent dans les hautes sphères du monde de l'art.
Ici, la secrétaire personnelle est une «Madame» ou une
«Mademoiselle» qui, à défaut de prouver de bonnes
capacités organisationnelles, doit justifier d'«un
caractère aimable» et du «sens de l'humour». A défaut
de maîtriser les logiciels bureautiques, il lui faut «avoir
le goût du beau»! Une grande motivation
professionnelle ne suffit pas. Les prétendantes doivent
carrément faire preuve de «dévouement» vis-à-vis de
leur employeur et entretenir avec lui «une relation de
confiance et d'amitié». Au cas où certaines croyaient
postuler à l'un de ces vulgaires emplois qui garantissent
un salaire à la fin du mois, Monsieur Barbier-Mueller
prévient qu'il ne s'agit pas d'un travail «purement
alimentaire», mais d'«une occasion de rencontrer des
gens de qualité supérieure». Comment s'y prendra-t-il,
Barbier-Mueller – tout doté qu'il est de qualités
supérieures – pour tester les compétences de sa future
secrétaire personnelle et choisir l'heureuse élue? Sans
doute, l'homme d'art fera-t-il sa première sélection sur
la base de critères esthétiques. Car, pour celles qui
n'avaient pas encore compris que l'homme recrutait
une femme parfaite, il est précisé au bas de l'annonce
qu'«une photo passeport et une photo en pied (photo
de famille ou autre)» doivent être envoyées
«personnellement» au recruteur.

ND

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