Le pari de Pascal
Confessionnal ou bûcher, le choix est limité. Depuis le
week-end dernier, Pascal Couchepin est sommé de
passer à un solide acte de contrition s'il ne veut pas finir
en méchoui. Le monde politique ne lui pardonne pas
cette phrase: «Lorsqu'il s'agit de l'asile, j'ai un gros
problème, en tant que chrétien, à faire coïncider mes
croyances avec la politique de l'UDC.»
Diable, que n'avait-il pas dit! Les pompiers de la
politique, ceux qui n'arrivent qu'après, ceux qu'on
n'entend jamais parce qu'ils sortent casqués, ont
actionné le tuyau d'arrosage: un conseiller fédéral n'a
pas à s'exprimer sur la religion, il en va du principe de
séparation de l'Eglise et de l'Etat.
Vous avez dit principe? Parlons-en, justement. S'il en
est un de bafoué, ici, c'est plutôt celui d'humanité.
Eventré par la campagne anti-Schengen de l'UDC, qui
criminalise toute peau bronzée. Sans parler des options
fédérales pour durcir l'asile jusqu'à la déraison. Il est
grand temps qu'un conseiller fédéral ose tirer la
sonnette d'alarme, et ramener le débat là où il doit
être: sur le plan des valeurs.
Salutaire, la déclaration de Pascal Couchepin a fait
tomber les masques. Celui de son parti d'abord, la
formation radicale, réfugiée derrière le concept de
séparation Eglise-Etat pour ne pas avoir à admettre qu'il
lui est difficile de contredire les valeurs de l'UDC,
puisqu'elle est prête à faire alliance avec elle à chaque
occasion. Le PDC, ensuite, qui assure soudain que
politique et religion n'ont rien à faire ensemble, un
comble de grotesque et de négation de sa propre
légitimité. Les socialistes, enfin, affaiblis au point de
n'avoir pas réussi à amener, seuls, la discussion sur les
principes éthiques.
Au moment de la honte, à l'heure où la Suisse plombe
sa politique d'asile au mépris des principes d'humanité
et aux dépens de la Constitution, il faudrait que les
conseillers fédéraux se taisent? Qu'ils continuent à
cajoler l'électorat UDC parce qu'on n'a toujours pas bien
compris d'où il vient? L'histoire ne retient pas les
silences, seulement les mots parce qu'ils sont des
actes.
Ariane Dayer