Gros comme... la haie!
Accusé de coups et blessures, il tente de retourner la situation à son
avantage. Scène dans un tribunal romand.
TEXTE: NATHALIE DUCOMMUN
La Présidente: Monsieur X, vous avez été condamné pour coups et
blessures à l'encontre de la plaignante, votre épouse, près du
domicile conjugal, alors que vous êtes l'objet d'une interdiction de
visite. Vous faites opposition à cette condamnation. Vous contestez
donc les faits?
Le plaignant: Oui, il n'y a pas eu de coups.
La Présidente: Est-ce que vous avez malmené physiquement votre
femme?
Le plaignant: Non, non, rien du tout.
La Présidente: Alors, comment expliquez-vous que le Dr X ait pu
établir un certificat médical faisant état de lésions corporelles?
Ecchymoses au bras gauche et au genou, vertèbre D11 fêlée...
Le plaignant: Les ecchymoses, c'est parce qu'elle s'est enfilée dans
un buisson épais pour ramasser quelque chose qui m'appartenait.
La Présidente: Quoi donc, monsieur, quel objet voulait-elle récupérer?
Le plaignant: Des photocopies que je venais de faire concernant notre
séparation. Elle les a jetées pour pas que je puisse les atteindre. Elle
les a jetées dans le jardin privatif de la famille Dupont qui, depuis, a
déménagé. Ce sont des jardins qui sont collés au dos des
appartements, comme c'est la mode aujourd'hui, vous savez?
La Présidente: Oui... peu importe.
Le plaignant: Je vous ai apporté des photos des haies...
La Présidente (interloquée): Des haies?
Le plaignant: Oui, des haies. C'est en s'enfilant dans ces haies qu'elle
s'est blessée.
La Présidente: Les blessures proviennent des haies... Quel genre de
haies?
Le plaignant: Oh! Je ne sais pas le nom exact, vous m'en demandez
trop. Elles sont épaisses, bien fournies. Mais elles sont franchissables,
ces haies. Ma femme s'est blessée au bras gauche puis au genou en
se jetant dans la haie.
La Présidente (stupéfaite): Comment ça, monsieur?
Le plaignant: En se jetant spontanément. C'est-à-dire en se jetant à
ras du sol. C'est là qu'elle a faufilé tout le corps.
La Présidente: Tout le corps?
Le plaignant: Oui, tout le corps. En entier.
La Présidente: Donc elle a traversé les haies?
Le plaignant: Eh bien, après, il y a un treillis métallique.
La Présidente (soupir): ...
Le plaignant: A ce moment-là, elle a bien glissé tout son corps dans la
profondeur du jardin. J'ai vu parce que j'étais de l'autre côté.
La Présidente: De l'autre côté...
Le plaignant: Oui, comme je vous le dis, il y a un jardin privatif et un
jardin commun. Les photocopies qu'elle m'a arrachées ont volé
depuis le balcon d'un côté à l'autre des deux jardins qui sont séparés
par les haies épaisses. Et elle, elle voulait me confisquer ces
photocopies que j'avais moi-même faites chez moi. Parce que j'ai un
scanner. Et bien, fâchée, elle s'est jetée dans ces haies. Les
ecchymoses viennent de là.
La Présidente (stupéfaite): Et la vertèbre?
Le plaignant: Alors ça... Il faut demander à son médecin comment il a
bien pu lui trouver ça! (Rires.) Elle se l'est peut-être fait toute seule!