DEUX MOTS ET J'ARRĘTE

Chirac: «Je vous ai compris!»

TEXTE: THIERRY MEURY

«Je vais ressortir le buffet de la cuisine et le mettre au
salon, ça vous va?» En raccourci, c’est un peu ce que le
président français Jacques Chirac a dit à ses
compatriotes au lendemain de la gifle européenne. On
fait quelques efforts sur le mobilier, mais, surtout, on ne
touche pas aux potes qui squattent l’appartement
depuis trois ans. On veut bien demander à certains de
la mettre en veilleuse au-delà de 22 heures, exiger du
nouveau concierge qu’il ne laisse plus traîner les
poubelles trop longtemps sur le palier… mais c’est tout!
Comme après chaque déconvenue, Chirac a eu beau
répéter: «J’ai entendu le message des Français», le
malheureux a une nouvelle fois compris «tare» pour
«barre». Faut-il chercher dans la personnalité de
Bernadette la raison de ses problèmes de surdité? Ou
l’homme a-t-il simplement vieilli?
Dans tous les cas, vieux, sourd ou malhonnête, le grand
Jacques n’a en rien perdu de son habileté politique. Pour
preuve: cette nomination de «l’ami» Sarkozy au poste
de superministre de l’Intérieur. Un beau cadeau
empoisonné pour l’ambitieux. A plus forte raison quand
on sait que le nain de Neuilly a précisément bien des
soucis d’intérieur en ce moment et que, à l’instar du
maire de Paris et son homosexualité, devenir président
avec l’étiquette de «cocu» n’est pas gagné d’avance.
Même si, en l’occurrence, le cas relève plutôt de
l’arroseur arrosé.
A part ça – et en dehors de ce retour aux affaires du
président de l’UMP – les Français vont devoir faire des
efforts d’imagination pour trouver un quelconque
changement dans la demeure familiale: Alliot-Marie
conserve la Défense, pas de raison de changer la
décoration, le gentil docteur Douste-Blazy, maire de
Lourdes, passe aux Affaires étrangères, dans l’espoir
sans doute d’un miracle dans les futures relations avec
les voisins européens, et, enfin, Breton conserve
l’Economie, ce qui pour certains est le signe que le
mauvais temps va continuer. Bien sûr, me direz-vous,
papy Raffarin a été prié de retourner dans son EMS de
campagne pour faire place à plus jeune, brillant et
audacieux. On verra bien…
Il n’en demeure pas moins que, après ce non de
gauche, ce non de la France d’en bas, il fallait être
gonflé pour nommer Monsieur de Villepin dans le but de
se rapprocher du peuple!
Les Français ont vraiment le sentiment de l’avoir dans
la particule.

Envie de réagir? courrier@journalsaturne.ch