L'HYPOCONDRIAQUE

Ça respire la confiance
Mon nez a la taille d'un porte-avion, mais, depuis que
j'ai lu les résultats de l'étude de l'Université de Zurich,
je l'aime mon porte-avion. Car on va pouvoir se sprayer
directement dans la narine le sentiment de confiance
envers autrui, voire la vie tout entière. Plutôt que
d'avoir quelqu'un dans le nez, s'envoyer un bon sniff
dans l'organe, je le sens bien, ça. Et, compte tenu de
mon état mental général, autant jouir du plus de place
possible.
Ai aussitôt testé ce nouveau spray en allant du plus
simple au plus rude: devant moi, ai placé une poule
chinoise garantie sans grippe aviaire, un steak de boeuf
élevé à Bremblens, un article du «Matin», Hervé mon
intermittent de l'amour et ai branché la TSR. Puis, me
suis pschitté la chose et ai attendu. Durant un temps, ai
considéré ces quelques objets devant moi sans
éprouver de changements majeurs. Du boeuf à Hervé, ai
continué de ressentir en les considérant une
indéracinable crainte quant aux conséquences
dramatiques que la fréquentation de ces animaux peut
avoir sur mon organisme. Et alors, progressivement,
quelque chose s'est passé. Quelque chose d'un autre
temps, du temps où on pouvait regarder une poule droit
dans le bec sans avoir peur qu'elle vous réserve les
pires souffrances physiques. Sans hésiter, ai passé
Hervé à la casserole et serré le steak de boeuf dans mes
bras. Oui, décidément, j'allais mieux.

Béatrice Schaad

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