BRIBES D'AUDIENCE

Un physique de nageuse et une racine agressive

Déjà condamné pour brigandage et lésion corporelle, l'homme tente
de faire passer sa femme pour un monstre.

TEXTE: NATHALIE DUCOMMUN

La présidente: D'après vous, votre femme vous a violenté
physiquement et verbalement. Vous dites qu'elle vous insulte devant
les enfants: «Fils de pute, sale race, enculé de connard...» C'est un
florilège.
Le plaignant: Je maintiens ma version des faits.
La présidente: Vous écrivez qu'elle vous a menacé avec un couteau,
frappé le tibia avec le tube de l'aspirateur, donné deux claques, versé
une tisane chaude sur le torse, poussé fortement dans le dos quand
vous étiez accidenté en béquilles... Vous maintenez?
Le plaignant: Oui.
La présidente: Avez-vous vous-même violenté un jour votre épouse?
Le plaignant: Heu... Une fois. Début 1998. Une baffe, la main ouverte.
Et, au printemps 1999, une autre.
La présidente: Et autre chose après?
Le plaignant: Heu... Oui. En 2002. Mais c'était pour qu'elle se calme.
Parce qu'elle m'insultait.
La présidente: Elle vous insultait, donc vous l'avez frappée.
Le plaignant: C'était pour qu'elle se calme, pas pour la frapper. Elle
m'insultait. Et parfois quand quelqu'un perd les pédales, eh bien, vous
savez, il faut, comment dire... Pour qu'elle retrouve ses esprits.
Qu'elle se rende compte de ce qu'elle fait. Comme avec un enfant
turbulent, quoi. J'ai dû réagir. Comme ça, du plat de la main. Pour me
défendre de cette agression. Ma femme a une racine agressive.
La présidente: Quel est le gabarit de votre épouse, monsieur?
Le plaignant: Alors, la dernière image que j'ai en tête: 1 m 62, 64
kilos. Elle est comment dire... faite comme un trapèze. Elle a un
physique de nageuse, je dirais.
La présidente: De nageuse?
Le plaignant: Ah! Quand elle prend en main, elle prend en main! Une
nageuse, quoi.
La présidente: Et vous-même, monsieur, quel est votre gabarit?
Le plaignant: Je mesure 1 m 75 et, aujourd'hui, je pèse 98 kilos. Mais,
normalement, c'est 85 kilos.
La présidente: Mettez-vous debout, monsieur, pour voir. Mmm... C'est
plus que 1 m 75, ça, monsieur.
Le plaignant: Ah non, je ne crois pas.
La présidente: Si, monsieur. Vous me paraissez bien grand pour 1 m 75.
Le plaignant: Ecoutez, si vous le dites, hein, c'est plutôt à mon
avantage, madame, je ne vais pas me plaindre!
La présidente: Pas de ça dans ce lieu, monsieur.
Le plaignant: Ah, pardon.
L'avocat de l'épouse: Alors, 1 m 80 avec des talons aiguilles, c'est ça,
monsieur? Et votre femme est une nageuse de l'Est? Bientôt, c'est
parce qu'elle conduisait le 4 x 4 qui l'a renversé qu'il a fait six mois de
béquilles! Et, dans cinq minutes, on apprendra que le meurtre d'un
grand banquier de la place était le fait de son épouse! On aura tout
entendu. Je vous laisse juge, madame la présidente.
Le plaignant: Je me suis fait mesurer il y a douze mois. Et 1 m 75, ça
se tient.

Envie de réagir? courrier@journalsaturne.ch