Christoph Blocher
Omis soit qui mal y pense
TEXTE: THIERRY MEURY
Avant des vacances plus que méritées, votre serviteur s’est aperçu,
stupéfait, qu’une personne importante de ce pays n’avait encore
jamais eu les honneurs de cette chronique. Et – plus surprenant
encore – que cette personne n’était autre que Christoph Blocher!
Y aurait-il donc un blochérien refoulé caché dans l’âme de Meury me
suis-je dès lors demandé, parlant de moi à la troisième personne
comme Micheline Spoerri?
Dieu merci (lui ou un autre), après un douzième de fraction de
seconde de doute, je me rassurai en me rappelant que, si l’homme en
question n’avait pas encore été l’objet de mes sarcasmes dans ces
colonnes, c’était tout simplement pour ne pas lui faire de publicité
supplémentaire, d’autres se chargeant, et avec succès, de son plan
marketing.
Ce qui, partant, amenait à cette deuxième question: faut-il évoquer
ici le dernier coup de balai de Blocher dans son département? Est-ce
que la suppression de 116 postes au DFJP, avec la délicatesse d’un
rugbyman ivre dans un restaurant de luxe, vaut la peine d’être
dénoncée ici? Car enfin, ce ne sont jamais que 116 «flics» de moins
et, si ça se trouve, une bonne partie d’entre eux ont voté pour le
Zurichois.
Qui plus est, reprocher ses méthodes ultralibérales à l’élu UDC est un
peu facile quand on sait que celles-ci sont utilisées par chacun de ses
collègues. On imagine mal en effet Leuenberger, pour ne citer que
cet exemple, reprocher à Blocher de supprimer des postes! Pour ce
faire, il faudrait déjà avoir la conscience tranquille, ce qui n’est pas
vraiment le cas du socialiste. Un peu à l’instar du curé dénonçant la
perversité du pacs, alors qu’il couche avec son sacristain, on voit
difficilement un ultralibéral faire la leçon à un autre ultralibéral!
A plus forte raison quand, sur des dossiers comme l’asile, où l’on
pourrait imaginer quelques divergences de fond, les collègues de
l’extrémiste (dont Leuenberger) n’ont observé qu’un silence
complice.
En résumé, si ce pays est aujourd’hui géré comme une entreprise et
non plus comme un Etat, les chevilles ouvrières du démantèlement
sont mal placées pour s’en prendre à leur inspirateur.
Il reste juste à espérer que le nationaliste Blocher ne vende pas
l’entreprise en question aux Canadiens, comme il l’a fait avec
Alusuisse.
J’aime bien le sirop d’érable, mais je me vois mal payer mes impôts à
Ottawa!