L'ÉDITORIAL

Femmes en Rade

Genève, ville ouverte? Mais ouverte à quoi, au fond?
Pas aux femmes, c'est certain. En quelques mois, trois
d'entre elles ont été écartées de la course au Conseil
d'Etat genevois avec muscles et gros sabots sans que
cela provoque davantage que quelques clapotis dans
les eaux de la Rade.
Le cas de la dernière en date, Fabienne Bugnon, est
édifiant. La candidate écologiste a fait ses preuves au
National et à des postes à responsabilités comme
cheffe du Bureau de l'égalité du canton; elle y pratique
depuis des mois un féminisme qui n'est ni rigide, ni
pute, ni soumis, ni transgressif, ni haineux. Elle jouit
d'une belle visibilité, elle a été mieux élue lors des
élections cantonales en 1997 que les deux hommes qui
lui valent aujourd'hui d'être écartée – David Hiler et
Robert Cramer. Bref, tout pour plaire.
Seulement voilà, Fabienne Bugnon a la faiblesse d'être
écologiste. Parti où l'on aime se gargariser des mots
«promotions de femmes», mais où on a renoncé à les
appliquer. Sur leur site national, les Verts assènent des
propos grandioses – genre Dark Vador avant la charge:
«Les droits de l'Homme sont aussi les droits de la
femme.» Même culot d'acier chez les socialistes qui ont
récemment lâché Véronique Pürro. Ici, nous sommes
plutôt chez Gandhi: «Oui, l'avenir passe par les femmes
et par l'engagement des hommes pour une égalité
effective.»
Non, décidément, à Genève aujourd'hui, si l'on veut
avoir la moindre chance d'être élue au Conseil d'Etat,
c'est libérale qu'il faut être. Le parti dont on n'a - même
en le secouant mieux qu'une Orangina – jamais obtenu
le moindre propos féministe se retrouve bien malgré lui
chantre des femmes. Deux d'entre elles dirigent des
départements pourtant ordinairement masculins.
Soyons clair, à gauche, être féministe consiste à
pousser des femmes à monter dans le bateau en
période de campagne, surtout si elles sont
compétentes. Bon pour l'image. Mais, pour ce qui est
d'accéder à la candidature, une seule réplique est
désormais de circonstance: «Tais-toi et rade.»

Béatrice Schaad

Saturne donne rendez-vous à ses lectrices et lecteurs le
2 septembre. Il leur souhaite un bel été et se réjouit de
les retrouver à la rentrée.

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