Hors-gasme
C'est pas difficile, pour avoir un orgasme, «faut y
mettre un peu du tien» que je m'entends dire depuis
des années par des donzelles à qui tout réussit, de
celles qui pourraient être retenues dans un classement
genre «les 100 qui font la Suisse romande». «Tu te
concentres sur l'objectif», qu'elles me répètent, mais,
mais, mais attention, tout en gardant une certaine
décontraction. Voilà le délicat de l'affaire, faire
cohabiter le but et le chemin, la flèche et la cible,
Villepin et Sarkozy. Du moins c'est ce que je croyais.
Car un article de Biology Letters m'a brutalement
chahuté le point G. Il affirme que «la capacité d'une
femme à atteindre l'orgasme est au moins en partie
déterminée par ses gènes». Voilà, maintenant, c'est
clair, pas de gène, pas de plaisir. Les experts le disent
eux-mêmes: «C'est à la fois une bonne et une mauvaise
nouvelles.» Ben oui, parce que celles qui, comme moi,
ne sont pas nées avec le gène en elles peuvent toujours
courir. Elles sont condamnées à compter les fleurs de la
tapisserie pendant la chose jusqu'à ce que mort s'en
suive. Je ruminais en me demandant comment j'allais
pouvoir solliciter Hervé pour qu'il me fasse de nouvelles
manipulations génétiques, quand j'ai réalisé qu'il y avait
plus radical. A bas le tofu et les grandeurs de la Nature.
Cet été, je passe le cap, je me fais opérer: comme la
brebis écossaise, comme le maïs de Monsanto, moi
aussi je veux être une OGM – orgasmiquement
modifiée.
Béatrice Schaad