Ne pas confondre le chat et le godemichat
Quelque 5 à 8% des hommes, 4% des femmes auraient déjà eu un
rapport sexuel avec une bête. Les défenseurs des animaux exigent
une modification du Code pénal.
TEXTE: BÉATRICE SCHAAD
La révision de la loi sur les animaux à peine achevée par les
parlementaires, les défenseurs des bêtes ont aussitôt repris le mors
aux dents. Ils se préparent à demander une révision du Code pénal
pour empêcher les abus sexuels sur les animaux. La Suisse semblant
curieusement permissive en comparaison avec d'autres pays.
«Les manques législatifs actuels sont totalement inacceptables.» A
l'appui de son indignation, Antoine Goetschel – un des rares avocats
pour bêtes du pays – brandit des statistiques édifiantes: «Environ 5 à
8% des hommes et 4% des femmes ont déjà entretenu un rapport
sexuel avec un animal.» Statistiques forcément difficiles à compiler –
on imagine mal les obtenir par aveux spontanés – mais qui ont
notamment été dévoilées par le biais de vétérinaires après constat de
blessures. Selon le rapport Kinsey, référence en la matière, les
chiffres grimpent jusqu'à 17% des garçons américains en milieu rural
qui auraient eu au moins une relation sexuelle avec un animal. Et plus
grave, le phénomène serait en augmentation: «Vous avez vu le
nombre de sites internet qui s'y consacrent et la multiplicité de l'offre,
on peut facilement obtenir un animal, vous êtes allée voir? Dites,
vous y êtes allée?», s'offusque encore Antoine Goetschel.
Seulement voilà, pour lutter contre ce qu'il qualifie de «nouvelle
forme d'esclavage», la législation actuelle ne suffit pas. A la curieuse
exception de deux cantons – Appenzell Rhodes-Intérieures et Bâle-
Campagne – la zoophilie n'est pas mentionnée explicitement dans la
loi suisse depuis 1935. La dignité de l'animal est protégée, mais
«dignité, c'est vaste», regrette l'avocat. Lui comme ses pairs exigent
donc que la législation se modernise, s'adapte aux moyens modernes
de commercer et mentionne par exemple explicitement l'interdiction
et la punition de la location, la vente ou le dressage à des fins
zoophiles.
Antoine Goetschel ne se fait guère d'illusions, les parlementaires
viennent de mettre un point final à la révision de la loi sur la
protection des animaux lors de la session de juin, Médor retourne à
la niche et Mistigri au panier. Comme le résume l'avocat mi-figue, michou:
«Nous avons obtenu quelques maigres victoires, nous aurions
voulu voir des parlementaires plus enthousiastes, notamment sur la
possibilité d'introduire dans le droit fédéral un représentant légal pour
les bêtes. Une chose est sûre, nous n'avons aucune chance d'obtenir
une nouvelle révision de la loi ces prochaines années.»
Pour arriver à leurs fins, les défenseurs des animaux ne passeront
donc pas par la loi mais par le Code pénal. Ceci en s'inspirant
notamment de la Grande-Bretagne ou des Etats-Unis qui punissent la
zoophilie de longue date. Un rapide tour dans l'histoire permet
d'ailleurs de découvrir que le «crime de bestialité», comme était
appelée autrefois la zoophilie, perturbe de longue date les juristes
européens. En 1750 par exemple, un dénommé Jaques Ferron fut
pendu en France pour avoir eu des rapports avec une ânesse.
Plusieurs témoins respectables déclarèrent connaître la bête depuis
longtemps et certifièrent qu'elle avait toujours eu une conduite
vertueuse. Ce qui valut à cette dernière d'être acquittée par la Cour
qui conclut à un viol. Mais toutes les civilisations n'ont pas eu ces
prévenances envers les animaux. Hérodote mentionne certains rites
de fertilité qui exigeaient une éducation particulière des chèvres pour
qu'elles s'unissent aux hommes. Les anciens Egyptiens auraient
pratiqué le coït avec des crocodiles femelles pour augmenter leur
virilité. On sait peu de chose sur les effets virilisants de ces
techniques sur l'Egyptien.
On en sait beaucoup plus en revanche aujourd'hui sur les risques – de
blessures, de maladies pour l'homme et évidemment de souffrances
pour l'animal. Comme le résume Antoine Goetschel, «un changement
de code ne suffira peut-être pas à arrêter tous les grands malades qui
violent des animaux, mais si on en arrête une partie, on aura déjà
gagné».