L'INFO

Ben Laden traverse un collège genevois

Bush et Ben Laden se sont invités dans une classe genevoise. Le prof
en a fait une syncope. Récit.

TEXTE: BÉATRICE GUELPA

Jusqu’où ira la dictature du politiquement correct? Le mois dernier,
dans un cycle genevois, la copie d’un élève de 14 ans a semé le
trouble jusque dans le bureau du directeur! L’objet du délit: une
composition d'anglais sur le thème: «Un jour dans la vie de…» Le
sujet était beau comme une promesse d’invitation à l’imagination.
Mais attention, c’était un leurre. Parce que le prof pensait sans doute
– inconsciemment – à «Un jour dans la peau de Harry Potter»… Alors,
quand il se mit à la table de sa cuisine pour corriger les fautes
d’orthographe, il a failli tomber en syncope. Cet élève-là avait choisi
«Un jour dans la vie de Bush»! Aïe, aïe, aïe, de la politique, vous vous
rendez compte?
Et voilà ce qu’il écrivit:
«"Un jour dans la vie de Bush"
Un matin, Bush se lève à 6 heures du matin. Puis Bush prend sa
douche et part à la Maison-Blanche. Dans le parc, G. W. Bush
rencontre Ben Laden.
-Salut Ben Lidi.
-Ben Laden!! Mon nom est Ben Laden et pas Ben Lidi. Vous êtes fou.
-Quoi, je suis fou? OK, puisque c’est comme ça, je te déclare la
guerre!!
Ben Laden prend sa kalachnikov et tue G. W. Bush. Ce jour, dans la
vie de G. W. Bush est terminé.»
C’en était trop pour le prof. Toute cette haine qu’il devinait au détour
des mots, toutes ces dérives terroristes potentielles, là, sur le seuil de
sa classe… Il fallait agir, réagir! Corriger les fautes et ce cerveau
malade par la même occasion. Tout le sens de sa mission
pédagogique était en jeu: il fallait au plus vite punir l’élève pour que
ses pensées déviationnistes cessent. Le jeune auteur du texte, lui,
assure aujourd'hui qu'il voulait juste «s'amuser» et, au passage,
régler son sort virtuellement au président américain (ce qui tente pas
mal d'autres gens, il faut bien le dire): «Mais le prof a pris ça au
premier degré.»
Résultat, donc, la sanction, en lettres rouges, serrées, rageuses en
bas de la copie: «Fond: je trouve personnellement ton texte très
puéril. Forme: aucune recherche de vocabulaire, phrases trop
«simples». Propositions: autre sujet, ajoute adjectifs connecteurs
(n.d.l.r.: what?), compléments comme nous le faisons en classe
lorsque nous décrivons les images des leçons. En l’état, cette
composition est tout à fait insuffisante. A refaire.»
Mais de simples commentaires suffisaient-ils? Non! Il fallait faire plus,
ne plus compter, s’engager pour détordre au plus vite ces neurones
vrillés, qui avaient eu l’audace de se connecter à un poste de
télévision, puis d’en penser quelque chose! Et donc, se rendre
immédiatement dans le bureau du directeur, la pièce à conviction
sous le bras, pour alerter les plus hautes autorités du caractère
irréductible de ses élèves. Ce fut fait… Et le directeur qui, dans sa
grande sagesse de directeur, réussit à faire la part des choses, classa
l’affaire. Sans juger bon d’intervenir. Pouf. Et d’un soufflé retombé.
Comme un grain de sable dans un Desert Storm… Les ados, eux, en
rient encore. L’histoire ne dit pas combien de jours le prof, sous le
choc, dut se mettre en congé maladie pour récupérer. Mais «Un jour
dans la vie d’un prof...» c’est encore une autre histoire, isnt’it?

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