LA LETTRE D'AMOUR

Éric, mais que fait la police?

TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN

Eric Lehmann, mon rat, trois ans après ta nomination,
les Vaudois disent encore de toi que tu es un parvenu.
C’est très injuste. Pour être un parvenu, il faut être
arrivé et, à ce jour, tu n’arrives qu’à faire rire. Un peu.
Et à renflouer les caisses de l’Etat. Comme bilan, tu
avoueras que c’est encore assez maigre.
Mais je ne veux pas te faire languir. Tu l’auras compris,
c’est ton projet de nouveaux radars qui arrache un
sourire. Et surtout ta façon de le vendre. C’est ainsi
qu’on aime t’entendre, mâle et résolu, comme doit
l’être un chef de police cherchant à asseoir son autorité
toujours chancelante: «En Suisse, c’est la route qui tue.
Notre objectif est de faire diminuer le nombre de
victimes, pas de nous amuser à faire du cash…» Dont
acte, Eric. Outre que, en Suisse, la route tue beaucoup
moins que les accidents ménagers, c’est bien dit quand
même, et te voilà dans ton rôle. Mais pas tout à fait
crédible malgré tout. Pour le devenir, il te faudrait
essayer de convaincre ton Conseil d’Etat de dire la
même chose que toi, et il ne le fait hélas pas. Au
contraire, il présente – dans ses mesures de
renflouement des caisses publiques – un poste
élégamment intitulé «accroissement de la sécurité
routière» pour un bénéfice rapide de près de 1 million.
Je rappelle donc, Eric, que l’autorité d’une police, et a
fortiori celle d’un Etat, se mesure à la crédibilité de ses
membres. Et qu’il est difficile d’être réellement respecté
quand on prend ses administrés pour des cloches.
Je crains que ce soit ton cas. Les Vaudois sont certes un
peu lents, mais ils ne sont pas beaucoup plus stupides
que les autres. Ils savent bien, parce qu’ils le vivent
quotidiennement, que tes radars servent surtout à faire
du fric et que tes agents sont depuis longtemps
subrepticement transmués en percepteurs. Pour 2004,
ils ont bien travaillé. Le nombre d’amendes d’ordre a
crû de 44%, et 12 millions sont entrés en caisse.
Dans le même temps pourtant, ta police se fait attaquer
à la sortie des bals du samedi, elle se fait insulter, elle
est même menacée et boxée par ceux qu’elle devrait
surveiller. Il ne faut pas t’en plaindre, Eric. Ce n’est là
que le résultat d’une méprise, et les incivils que tu
vilipendes ne font que le boulot de tes agents. Par ces
temps peu sûrs, il convient en effet d’être prudent et,
quand on croise à la sortie d’un bal ou tard le soir sur la
route un individu louche, aux airs de percepteur,
lourdement armé, coiffé d’un képi et criant «haut les
mains!» on le neutralise et, bien entendu, on l’amène à
la police.

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