80 centimètres de dossier et un témoin
Scène dans un tribunal de police en Suisse romande.
La présidente: Monsieur, vous contestez deux contraventions. La
première concerne un stationnement sur une ligne de sécurité dans la
rue K.
Le plaignant: Je me suis juste arrêté pour déposer un copain. On
rentrait de discothèque, je le ramenais et je l'ai juste déposé sur le
côté de la route.
La présidente: Vous avez quitté votre véhicule?
Le plaignant: Non. La police est venue à la portière et, tout de suite,
elle m'a fait le test du ballon et elle a vu que j'avais 0 d'alcool.
La présidente: Est-ce que vous avez laissé les 3 mètres de sécurité?
Le plaignant: Ecoutez, madame, je dépose un copain à 4 heures du
matin, sur le côté de la rue, la police arrive et me dit que j'ai 80
centimètre de dossier! C'est diffamatoire!
La présidente: 80 centimètres de quoi?
Le plaignant: De dossier.
La présidente: Ah! Elle parlait de vos amendes?
Le plaignant: Peut-être...
La présidente: Oui, peut-être, hein?
Le plaignant: Elle a appelé la centrale et m'a dit que j'avais 80
centimètre de dossier! Alors, moi, j'ai dit qu'elle ne pouvait pas dire
des choses comme ça, que c'était diffamatoire.
La présidente: Ah voilà. Elle a appelé la centrale et a su qu'il y avait
deux pages d'amendes impayées. Vous ne payez pas souvent vos
amendes, vous.
Le plaignant: Ah bah...
La présidente: Il y a un moment où l'on est bien obligé de les payer,
monsieur, sinon on finit en prison.
Le plaignant: Oui, mais la vie, c'est pas facile...
La présidente: Si vous n'arrivez pas à payer vos amendes, il faut
circuler à pied, faut changer votre manière de vivre!
Le plaignant: Oui... Vous avez raison.
La présidente: Bon. Et, en ce qui concerne la deuxième contravention,
vous avez conduit avec un téléphone portable.
Le plaignant: Alors ça, c'est pas possible, je ne l'avais pas sur moi ce
jour-là.
La présidente: Vous savez que le 7 février dernier vous n'aviez pas
votre téléphone portable sur vous? (...) Vous avez un témoin à faire
comparaître, nous allons procéder à son assermentation. Monsieur, je
vous demande de lever la main droite... Non, la droite, monsieur, ça
c'est la gauche... Et dites: "Je le jure." Vous étiez donc avec le
plaignant dans son véhicule, le 7 février. Vous souvenez-vous s'il avait
un téléphone portable?
Le témoin: Non. Pas du tout de téléphone.
La présidente: Bon. (Au plaignant) Avez vous d'autres questions à
poser à votre témoin?
Le plaignant: Oui, est-ce que j'ai téléphoné?
La présidente: C'est bon ça, je viens de lui poser la question.
Le plaignant: Mais je veux encore lui poser une question, parce que
c'est lui qui était avec moi pour l'autre contravention.
La présidente: Ah bon, c'est le même? (Au témoin) Ah voilà... vous
étiez donc aussi avec monsieur dans sa voiture le 5 janvier à 4 heures
du matin, lorsqu'il a stationné rue K.... Comme ça tombe bien.
Le plaignant: Non mais, je ne l'ai pas acheté, madame, hein, je vous
jure!
La présidente: Il vous a déposé où?
Le témoin: ...
La présidente: Vous habitez à quelle adresse?
Le témoin: rue M.
La présidente: Il vous a déposé en rentrant de la discothèque, à la rue
M., chez vous, c'est ça?
Le témoin: Oui...
Le plaignant: (Au témoin) Mais dis-lui que... Pffff... (A la présidente) Je
tiens à signaler, madame, que monsieur vient d'arriver en Suisse avec
sa famille et qu'il ne connaît pas bien le nom des rues. Et qu'il ne
comprend pas bien le français.