ET ALORS?

«Votre l’art… c’est du cochon.
Mais mon titre n'est pas mieux»

TEXTE: IVAN FRÉSARD

Tout comme le poisson rouge, le commun des mortels partage
avec son ami Nemo – prête-moi ta plume pour écrire un mot – sa
courte mémoire. L’effort de rappeler ce que je fais ici ne sera
donc certainement pas tout à fait vain. Le 24 juin dernier sortait
le dernier numéro avant les grandes vacances de Saturne,
publication de précellence. «Précellence», substantif peu usité,
mais qui fait très joli. Judicieusement placé dans une petite
sauterie théâtrale d’après-première, il fera de vous une personne
impliquée. C’est également grâce à des mots comme ceux-ci que
certains ont embrassé avec fougue une carrière de critique
culturel.

Saturne donc, après deux mois de vacances d’hiver (pour ceux
qui lisent cette chronique dans les temps futurs, section Archives
de la Bibliothèque nationale, sachez que, oui, l’été 2005 fut
pourri de chez pourri), Saturne revient et cette chronique aussi.
Pour resituer un peu l’idée, sachez que bon ben, c’est une
chronique où on fout un peu la merde dans la culture romande
passqu’on trouve que, bon, elle est prétentieuse des fois et elle
se prend un peu au sérieux. Vulgairement dit bien entendu.
Comme l’idée est aussi de faire un peu de provocation, je
trouvais bien d’oser dépasser les limites d’entrée de jeu.
Cependant, pour ne pas rester sur une note négative, causer de
la culture romande, c’est comme évoquer le dahu: on en a tous
entendu parler sans l’avoir jamais vu.

Pour continuer à entretenir le mythe, on a pu en entendre parler
cet été:

LE MONTREUX JAZZ FESTIVAL
Le succès des grands festivals de musique en Suisse romande
est essentiellement fondé sur une affiche d’artistes anglosaxons.
ET ALORS? Je sais pas. Comme de plus en plus de
monde, me suis contenté de boire des verres sur les quais.
L’augmentation considérable du nombre des pétasses à string
intégré-z-et de blaireaux gominés constituant un magnifique
spectacle, gratuit du surcroît.

LE PALÉO FESTIVAL DE NYON
Une solide connaissance de l’anglais et de l’allemand vous ouvre
des possibilités de rencontres étendues dans cet espace de
convivialité toute post-soixante-huitarde qu’est le Paléo. Petite
nouveauté cette année pour nos amis décérébrés avec la
programmation du groupe Rammstein. Il fallait, en plus de
l’allemand, avoir une bonne connaissance du langage des signes.
Surtout de la main droite. ET ALORS? J’ai pas pu, je suis gaucher.

KNIE À GENÈVE
Comme le Comptoir suisse, le cirque Knie est un des événements
culturels que les Romands préfèrent. ET ALORS? François
Rochaix sur le dos d’un éléphant avec une machine à laver la
vaisselle, ce serait quand même plus marrant qu’une tirade
d’Aristote parfois?

JOURNÉES MONDIALES DE LA JEUNESSE À COLOGNE
Le nouveau leader du groupe JMJ est un peu plus jeune que
l’ancien. ET ALORS? La musique, elle, reste toujours très rétro.

Et, pour conclure, voici notre bonne combine. Comment gagner
16 francs facilement? N’allez pas voir The Island avec Ewan
McGregor et Scarlett Johansson.

Je profite de cette faute de frappe malencontreusement oubliée
par notre correcteur pour adresser à celui-ci mes chaleureuses
salutations. En effet, hormis le fait que les opportunités pour un
auteur de signaler une faute à son correcteur sont plutôt
restreintes et malgré l’amour immodéré que je porte à mon
prochain, je n’ai jamais eu le bonheur de rencontrer mon
correcteur. Pourtant, je dois beaucoup à cette personne et, sans
citer de noms, je ne suis pas le seul. Que ça soit «amygdaloïde»
ou «pleuronectidé», mon correcteur se doit de vérifier non
seulement l’existence de ces mots, mais également leur juste
orthographe. J’imagine aisément son bonheur en ce moment. Il
vient de voir le point final de cette chronique.

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