Les mères
et les autres
Elle est blonde, on aurait dû se méfier. Se douter que,
tôt ou tard, une ânerie colossale sortirait de sa bouche,
comme dans les blagues à deux balles. La blonde Doris
Schröder a voulu apporter son soutien à son chancelier
de mari, Gerhard. Elle a donc tiré sur la rivale de celuici,
Angela Merkel.
Pas de flingue, elle y est allée à la vacherie. Laissant
entendre qu'Angela Merkel «n'incarne pas, par son
parcours, l'expérience de la plupart des femmes.» Des
allusions sur l'accouchement, les liens difficiles entre
travail et famille, suivez le beau regard de Doris: Angela
Merkel n'a pas d'enfant, donc ce n'est pas une vraie
femme. Et vlan, prends ça dans les dents.
Stupéfiant que l'Allemagne en soit là, à trier les vraies
femmes des fausses, pour un pays qui sert souvent de
modèle social et féministe. Le seul de nos voisins
proches qui ait pris au sérieux la candidature d'une
femme à la tête de l'Etat. Stupéfiant et navrant: depuis
cette déclaration, les vannes de l'imbécillité sont
ouvertes, toutes les caricatures permises. Plutôt que de
répondre sur le fond, le chancelier s'est contenté de
dire qu'il aimait sa femme, ce qui prouve le crédit qu'il
lui porte. Lors du débat télévisé avec Angela Merkel, il
s'est montré encore plus hautain et condescendant que
d'habitude, ce qui n'est pas peu dire. Et les poncifs de
vestiaires de foot traversent le pays: ah, ah, les femmes
entre elles, on voit ce que ça donne!
Pour autant, personne n'a été jusqu'au bout du
raisonnement: si la maternité devient un standard
politique, pourquoi pas la paternité? Pourquoi le nonpère
Schröder (une fille que sa femme a eu avec un
autre homme et une adoptée) serait-il plus légitime à
gouverner que la non-mère Merkel? Nier la capacité de
projection de l'élu, c'est ne plus croire en la politique.
Au royaume de l'absurde, on ne mettrait plus sur le
trône que des créatures kaléidoscopes, reflétant tous
les électeurs: mi-homme, mi-femme, mi-père, mi-mère,
mi-vieux, mi-figue, mi-chou, mi-brun... Décidément, rien
n'excuse les inepties proférées par Doris Schröder.
D'autant que c'est une fausse blonde.
Ariane Dayer