Libre infection des personnes
Dans le fond, quelqu'un s'est-il posé la question des
risques sanitaires tapis derrière la libre circulation des
personnes? On me soupçonne – à tort bien sûr – d'être
hypocondriaque, mais je note que, si les politiques
s'inquiétaient mieux des gens comme moi, les soucieux
de leur corps et les amoureux du risque zéro, ils
obtiendraient peut-être de meilleurs scores en votation.
Parce que, avec leur campagne, on sait tout des projets
de carrière du plombier polonais, mais sa poule
(éventuellement aviaire), sait-on si elle passera plus
facilement la frontière si c'est «oui» au vote du 25
septembre? Et la vache folle des Anglais? Et le saumon
aux antibiotiques des Norvégiens? Et les légers
accidents vasculaires des Français? Parce que des
exemples historiques sur les risques de contagion liés
au passage de frontières, il y en a et qui ne font pas
envie. Regardez ce que la colonisation qui, après tout,
était une forme antique de la libre circulation (bon,
seule une des deux parties était d'accord, mais tout de
même), a transporté comme maladies: les Indiens
d'Amérique ont découvert la variole. Les Aborigènes, la
petite vérole et la rougeole, les Esquimaux, l'alcoolisme
et la tuberculose. J'y ai dit, moi, à Hervé, déjà que tu
passes une frontière entre le canton de Vaud et Genève
tous les jours, pour venir de chez ta femme, on prend
assez de risques comme ça. C'est plus prudent de voter
non.
Béatrice Schaad