Assurance tous risques exclus
TEXTE: JACQUES NEIRYNCK
Voici bien longtemps, je conçus le projet déraisonnable
d’expédier une voiture d’Europe en Afrique par voie de
mer. Comme cette auto constituait ma seule propriété, je
l’assurai pour les risques du transport. Effectivement, je
récupérai le véhicule dans un triste état, complètement
rouillé et cabossé. La rouille provenait des paquets de mer
encaissés par l’auto stockée sur le pont et les bosses
résultaient des manutentions. L’assureur refusa de
rembourser la remise en état. Les dégâts causés par le
gros temps ou par les opérations de chargement étaient
exclus par les conditions générales, qui étaient imprimées
en caractères minuscules au revers du contrat et que je
n’avais naturellement pas lues. Je crus être spirituel en
demandant à l’assureur si le cas du naufrage et de la
perte totale étaient aussi exclus. J’appris que, selon le
droit maritime, non seulement les marchandises
transportées sont exclues de tout remboursement quand
un bateau coule, mais que les expéditeurs sont considérés
comme armateurs et qu’ils sont tenus de verser
indéfiniment une rente aux veuves de marins noyés.
J’avais commis la lourde faute de ne pas maîtriser le droit
maritime avant d’expédier ma voiture. Et de croire que le
rôle d’un assureur est d’assurer.
Cette anecdote m’est revenue à l’esprit en recevant une
proposition de la CPT, ma caisse maladie depuis trente
ans, pour assurer les traitements de la médecine
«complémentaire». Pour 345 fr. 60 supplémentaires, je
suis couvert jusqu’à concurrence de 3000 fr. Instruits par
les expériences antérieures, j’ai consulté les textes en
petits caractères pour découvrir ce qui est exclu. En fait,
tout est exclu, hormis le versement d’une prime
supplémentaire.
Tout d’abord, cette médecine complémentaire doit être
prescrite par un médecin. Les naturopathes,
homéopathes, acupuncteurs, anthroposophes,
phytothérapeutes sont autorisés à se faire rembourser si
un médecin dûment diplômé prescrit leur traitement. Il
faut que ce médecin ait perdu l’esprit pour en venir à
recommander ses concurrents. Sauf s’il a perdu toute
confiance dans la formation qu’il a reçue et qu’il est passé
dans le camp adverse. Très inquiétant, ce médecin.
Mais ce n’est qu’un début. L’assurance ne rembourse ni
les frais dentaires, ni les opérations esthétiques, ni les
affections causées par l’abus d’alcool, de tabac, de
médicaments ou par l’action des rayons ionisants, ni les
thérapies expérimentales, ni les produits dits de confort.
Le point final est l’exclusion «des méthodes
thérapeutiques inefficaces ainsi que des traitements
inadéquats ou non économiques». Or, les médecines
parallèles sont exclues de l’enseignement des facultés de
médecine, précisément parce qu’elles ont la réputation
d’être inefficaces. Dès lors, la caisse maladie est fondée,
par définition, à refuser tout remboursement.
D’ailleurs, pourquoi me demande-t-elle un supplément? Si
je me fais soigner par une médecine parallèle, cela
signifie que je renonce à la médecine classique. Et le coût
des remèdes homéopathiques est largement inférieur à
celui des médicaments homéopathiques. Donc la CPT veut
me faire payer un supplément de prime pour une
diminution des coûts à sa charge. Et, en fin de compte,
elle ne s’engage même pas vraiment à payer quoi que ce
soit.