L'HYPOCONDRIAQUE

L'implication de la tripe

Ça c'est un modèle à suivre, je me suis dit en finissant
de lire l'article sur le Prix Nobel de médecine dans mon
dernier numéro de Santé et immortalité. Pour prouver
que c'est bien une bactérie qui cause des ulcères, le
pathologiste australien Barry Marshall a avalé un bon
bol d'Helicobacter pylori, une colonie de microbes qu'il
avait patiemment et amoureusement cultivée, le soir,
après ses consultations de gastroentérologie. Et hop!
C'est ce qui s'appelle payer de sa personne. M'a
aussitôt rappelé quelqu'un qui, à mon goût, ne paie pas
assez de lui-même: j'ai nommé Hervé, amant de mes
jeudis, mari d'une virago les autres jours. J'ai visé le
Tupperware qui trônait dans ma cuisine et que je venais
d'acheter grâce aux points Coop, et me suis dit que, là
dans ce bel habitacle, je pouvais moi aussi mener mon
petit élevage. Et le mélanger ensuite aux endives au
jambon qu'Hervé attend de moi chaque jeudi où il passe
m'honorer – généralement il mange les endives avant
l'acte «parce que c'est ce qu'il aimerait le moins rater».
Pour la maladie, mon choix s'est porté sur une
méningite, pour qu'Hervé – sensiblement diminué dans
ses facultés mentales – cesse de penser à ce qui le
distrait de moi. Alors bon, c'est vrai, quand on pèse le
pour et le contre... il ne sera peut-être plus aussi vif
qu'aujourd'hui (il ne l'était de toute façon pas tant que
ça), mais au moins il sera dis-po-ni-ble. Femme et
enfants ne seront bientôt plus qu'un vague souvenir.
Après tout, me suis dit, c'est le moment ou jamais qu'il
implique un peu ses tripes dans notre histoire.

Béatrice Schaad

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