LA LETTRE D'AMOUR

Jean Fattebert et le néant

TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN

Jean Fattebert, mon patelin, mon bonhomme, mon paterne, tu
vas manquer. Tu manques déjà. A peine annoncée ta décision de
quitter la vice-présidence de l’UDC, on pèse le vide, on
appréhende l’abîme, on mesure un peu le néant. Pour être
honnête, on le mesurait déjà un peu avant, le néant, on le
soupçonnait dans quelques-unes de tes interventions
parlementaires, on le suspectait dans tes défenses loyalement
ampoulées des outrances national-populistes.
Aujourd’hui, on le mesure clairement, ce néant, à la personnalité
de tes possibles successeurs: il est paru que seuls Oskar
Freysinger, Jean-François Rime ou Yvan Perrin pouvaient te
succéder. Le premier a déjà renoncé en caquetant qu’il était trop
libre pour un si sombre poulailler. Le second paiera là sa défense
des accords bilatéraux contre son parti, il sera balayé. Reste le
dernier, et voilà qu’on se retrouve en terrain connu d’immoralité.
Quand toi, Jean, tu employais illégalement des travailleurs
étrangers, ton probable successeur neuchâtelois proposait de
payer personnellement les témoignages douteux de prostituées
afin d’accabler un sien collègue qu’il devait savoir innocent.
Voilà aussi qu’on se retrouve en terrain connu d’inutilité. Quand
toi, Jean, tu déposais d’essentielles motions sur la fermeture des
passages à gibier sur les autoroutes, ton probable successeur se
murait obstinément dans un silence parlementaire impénétrable,
mais utile sans doute à mûrir ses deux seules pauvres
interventions d’octobre 2004 et de mars 2005.
Voilà enfin qu’on se retrouve en terrain connu de servilité. Quand
toi, Jean, défends benoîtement les mensonges, les tricheries et
les aspirations semi-totalitaires du national-populisme «made in
Zurich», ton probable successeur annone complaisamment les
leitmotive racistes et infamants du parti père alémanique.
Tout vous rapproche en somme, Yvan et toi, Jean. De l’inutilité
jusqu’à l’indignité et de l’innocuité jusqu’aux compromissions. Et
l’on mesure en effet le néant qui t’accompagne, Jean, et qui
accompagne ton parti et l’on chuchote avec Michel-Ange: «Le
néant n’a pas de centre et ses limites sont le néant…»

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