Traumatisme au tribunal
Scène dans un tribunal romand
TEXTE: NATHALIE DUCOMMUN
L'avocat: Vous êtes médecin et vous soignez monsieur Jean depuis
2002.
Le témoin: Oui. Monsieur Jean a été pris en charge à l'hôpital après
l'agression de son épouse. Il a été suivi par la consultation de la
violence et il m'a alors été adressé pour la suite du traitement.
L'avocat: Vous dites, dans le certificat médical, que monsieur Jean
présente un salo... un syndrome, pardon, post-traumatique. Avec des
phases récurrentes d'angoisse. Quels motifs vous permettent un tel
diagnostic? Vous êtes psychiatre n'est-ce pas?
Le témoin: Oui. Alors, le syndrome post-traumatique, c'est un état
psychologique qui consiste en un stress provoqué à la suite d'un
traumatisme: un accident, le terrorisme, une guerre... Il existe en
effet beaucoup de facteurs déclenchants. La personne touchée va
présenter des modifications d'humeur, un état dépressif, angoissé, la
rendant amorphe. Elle perd sa vitalité et n'est plus capable d'assumer
des tâches même simples.
L'avocat: Dans ce cas particulier, il ne s'agit ni de terrorisme ni de
guerre. Quelles sont les causes de l'état post-traumatique de
monsieur Jean? Pouvez-vous confirmer objectivement ces causes
avec des éléments médicaux?
Le témoin: Oui, monsieur Jean a présenté des symptôme d'état posttraumatique
à la suite d'une agression de son épouse, en particulier
une morsure très forte à la main. Un petit nerf sensitif de la main a
été sectionné. Bien sûr, la manière de gérer une telle agression va
dépendre de l'éducation de la personne, de son environnement. Il
faut savoir que monsieur Jean est un chrétien pratiquant...
L'avocat de la partie adverse (chuchotant): Un témoin de Jéhovah...
Le témoin: ...Et que la justice, le bien-fondé d'une situation jouent un
rôle important dans sa vie. Un traumatisme comme j'ai pu observer
ne va pas forcément toucher une autre personne de la même
manière. Cela dépend des ressources de chacun. Là, je suis en
mesure de dire que monsieur Jean a subi un réel traumatisme à la
suite de cette agression.
L'avocat: Monsieur Jean m'indique que, d'un point de vue
psychologique, enfin... je ne sais pas comment exprimer cet état de
santé, mais disons qu'il a des hauts et des bas.
Le témoin: Oui, c'est vrai. Depuis que je le connais, il présente
d'importantes fluctuations d'humeur en lien avec ce qu'il vit. Que ce
soit avec sa famille d'origine ou que ce soit sa situation familiale, en
rapport avec la garde de sa fille.
L'avocat: Vous suivez toujours monsieur Jean?
Le témoin: Oui. Maintenant, je ne le vois plus qu'une fois par mois. Je
pense que, vu le chemin accompli ensemble, il est nécessaire que je
garde le contact avec monsieur Jean pendant quelques mois. En
fonction de l'évolution de cette affaire.
L'avocat: Avant, vous le voyiez à quelle fréquence?
Le témoin: Depuis 2002 jusqu'à récemment, une fois par semaine.
Durant cette période, j'ai maintenu monsieur Jean en arrêt de travail
à 100%, étant donné la difficulté, pour lui, de gérer les tâches liées à
la justice, les tâches administratives en lien avec sa relation avec sa
fille.
L'avocat: Donc le stress que présente monsieur Jean qui explique son
arrêt de travail est dû à l'agression de son épouse.
Le témoin: Oui.
L'avocat: Je sais que vous n'êtes pas chirurgien de la main, mais
concrètement, d'un point de vue humain, dans un langage qu'on
puisse saisir, nous, en tant que non-spécialistes: est-ce qu'une
morsure qui sectionne un nerf sensitif – si petit soit-il – c'est une
morsure importante?