DEUX MOTS ET J'ARRĘTE

Blocher: «Roulez jeunesse!»

TEXTE: THIERRY MEURY

Le samedi 12 novembre, Le Matin faisait sa une avec le leader
d’extrême droite (et quand je dis «leader», il vaut mieux ne pas
être dyslexique), titrant, en marge des Rencontres nationales de
l’UDC à Montreux, et comme s’il s’agissait d’une info: «Blocher: il
a chanté le Ranz des vaches!»
Alors, outre que ce n’est pas la première fois que ce qui sort de
la bouche du Zurichois sent la bouse, on peut quand même
douter de l’impartialité d’un journal réservant sa première page à
un publireportage! Et trois jours plus tard, soit le mardi 15, on
s’étonne carrément que les rédacteurs de ce canard possèdent
une carte RP, quand on lit, toujours à la une et photo à l’appui:
«Christoph Blocher: les radars sont des pompes à fric!»
Plus démago, tu meurs! Et de stigmatiser en pages intérieures
les cantons et les communes remplissant leurs caisses grâce aux
excès de vitesse! Mais Blocher ne s’arrête pas là, explicitant sa
position en justifiant et excusant les automobilistes commettant
ce genre d’infractions.
En clair, le ministre en charge du Département de justice et
police – et en cela dépositaire de la loi – encourage la population
à commettre des délits! Car, de deux choses l’une: soit Christoph
Blocher estime qu’il faut changer les lois de la sécurité routière,
en augmentant la vitesse autorisée sur les routes et les
autoroutes, soit il juge que celles en vigueur sont satisfaisantes.
Mais, dans un cas comme dans l’autre, le ministre de la Police
d’un Etat démocratique se doit de faire respecter lesdites lois et
d’en être le garant! Seulement voilà: la philosophie du monsieur
– et seuls les journalistes lèche-bottes font semblant de ne pas
s’en rendre compte – n’a pas grand-chose à voir avec les valeurs
d’un Etat de droit. Dégoulinant de populisme et de démagogie
crasse, l’extrémiste de droite (ces mots interdits dans certaines
rédactions), est prêt à tout pour rallier la population aveuglée à
son discours. Et monsieur Hoesli hier, comme monsieur
Rothenbühler aujourd’hui, lui facilitent la tâche, jouant avec
délectation aux chevaliers servants, ou plutôt, ramenons les
choses à leur juste proportion, aux valets de pisse zélés!
Mais à prendre Blocher au mot, on peut estimer que le fisc aussi
est une pompe à fric! Il faudrait donc encourager nos
concitoyens à le frauder et nos entreprises à favoriser le travail
au noir!
Ne serait-ce pas aussi légitime, justifiable, excusable, monsieur
Blocher?

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