L'INFO

Où finissent les chiens mordeurs?

En Suisse, chaque année des dizaines de molosses sont retirés à leurs
maîtres pour avoir mordu. Des chiens que les autorités doivent
replacer.

TEXTE: RAPHAEL MURISET

Mais où ira-t-il vivre? Où donc finira le rottweiler qui s'est attaqué à
une fillette genevoise de 8 ans? Le 28 octobre dernier, un chien
agresse une enfant et la blesse gravement aux quatre membres. La
vétérinaire cantonale, Astrid Rod, séquestre l'animal et le place en
fourrière. Après une expertise comportementale – aux frais de la
propriétaire – la décision est prise de ne pas euthanasier le molosse.
Et aux plus naïfs d'entre nous d'apprendre qu'un chien qui mord n'est
donc pas forcément un chien dangereux. Autre décision: toujours à la
fourrière, le rottweiler gracié ne retournera pas chez sa propriétaire.
Alors? Que deviendra-t-il? Mode d'emploi du relogement d'un toutou
aux dents longues.
L'article 16 de la loi sur les conditions d’élevage, d’éducation et de
détention des chiens de l’Etat de Genève stipule que les animaux
séquestrés par l'Office vétérinaire cantonal doivent «être remis à un
organisme de protection ou à une société cynologique de son choix».
Procédure identique à celles qui sont en vigueur dans plusieurs
cantons romands, tels que Vaud ou Neuchâtel, par exemple. «Oui,
ces chiens sont confiés à la SPA qui touche une subvention annuelle
pour s’en occuper», confirme le vétérinaire cantonal neuchâtelois.
Dans un premier temps, le rottweiller sera donc remis à un organisme
qui aura pour tâche de lui trouver une nouvelle famille. Un refuge ou
une association, comme SOS-rottweillers de Villars-le-Comte (VD),
qu'Astrid Rod a mentionnée comme étant une possibilité de
placement pour le chien croqueur de gosse. «Nous n’avons pas
encore été contactés pour ce cas précis, mais, le moment venu, nous
serions évidemment prêts à l’accueillir», assure la jeune présidente
de l’association, Lydwine Georget, elle-même propriétaire d’une
femelle rottweiller. Un placement temporaire pour l'animal n'est donc
pas un problème. «Nous avons déjà des familles d'accueil qui seraient
prêtes et capables de s'en occuper en attendant de lui retrouver un
nouveau maître», déclare même la jeune présidente. Des familles
d'accueil qu'elle certifie sélectionner rigoureusement en leur
demandant des informations aussi variées que «le nom du vétérinaire
de la famille, le nombre de promenades qu'on fera avec Médor, le
nom de notre employeur et nos horaires de travail, notre expérience
avec les chiens, notre capacité à assumer financièrement un animal,
si une naissance est prévue prochainement dans la famille, si l'on
possède un jardin ou encore qui s'occupera de l'animal pendant les
vacances». Bien. Mais, à ce stade de sa quête d’un nouveau foyer
aimant, le chien n’est pas encore rendu. Car, s'il est temporairement
sorti d'affaire, reste encore à lui trouver un maître et si possible un
définitif. Comme le confirme Lydwine Georget: «Ce qui est dangereux,
c'est quand l'animal passe de foyer en foyer.» Mais qu'on se rassure.
Le maître idéal, responsable, fort, strict et surtout capable de
supporter l’idée que son compagnon a, par le passé, «goûté» de la
fillette ne manque pas. Puisque sur la cinquantaine de chiens
mordeurs placés à la SPA vaudoise l’an dernier, la majorité a fini par
être adoptée par un propriétaire jugé apte à le remettre sur le droit
chemin. Le rottweiller de Plan-les-Ouates a donc bon espoir de bientôt
retrouver un toit. Reste à savoir si, malgré toutes ces précautions, le
goût du sang ne sera pas le plus fort. «C'est absurde de penser cela. Il
m'arrive de donner de la viande fraîche ou des os avec un peu de
chair et du sang à mes chiens. Mais ils ne deviennent pas plus
dangereux pour autant», s'indigne Philippe Mülhauser, président du
club rottweiler romand. Idée que partagent tous les défenseurs de
molosses. L'animal genevois ne remordra donc pas? «Le risque zéro
n'existe pas. Mais nous avons le temps de sélectionner les futurs
maîtres avec beaucoup de soins. Et, jusqu'à aujourd'hui, il n'y a
jamais eu de problèmes. Même avec les cas les plus compliqués», se
félicite Lydwine Georget. Une belle confiance qu'on aimerait pouvoir
partager. Mais la facilité à se procurer l'un de ces «gros nounours» est
inquiétante. Il n'y a qu'à jeter un coup d'oeil aux petites annonces
pour s'apercevoir qu'il est aujourd'hui très aisé de trouver un
rottweiler. Et à des prix qui vont de la gratuité (!) à plus de 1000
francs. Rien de rassurant, donc. D'autant plus que personne ne peut
garantir que notre chien mordeur, un jour, ne se retrouve dans ce
genre de circuit-là, estampillé «à donner contre bons soins».

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