LE PORTRAIT
Où l'on apprend qu'une 206
qui roule lui changerait la vie
En attendant d'avoir enfin un signe (qui sait?), Pascale réapprend
à vivre, à maîtriser ses peurs. «A l'hôpital, pour mes 30 ans, j'ai
dû faire un gâteau et mettre mes mains dans le four! Et l'an
dernier, des feux d'artifices m'ont fait peur», sourit-elle avant de
préciser: «Il a fallu ça mais maintenant c'est bon!» Si elle se
sent «comme avant mais avec une peau différente», si elle sait
qu'il va falloir «vivre avec sans se pourrir la vie», Pascale pense
aussi qu'elle «ne s'acceptera jamais». Elle s'est battue pour ne
pas rester cloîtrée chez elle («C'est à nous de nous prendre en
main») au point qu'aujourd'hui, c'est elle qui rend visite aux
grands brûlés. Devenue membre de l'association Flavie pour les
victimes de brûlures (www.flavie.ch), Pascale n'a pas pour autant
«envie de n'être que là-dedans. «Je suis brûlée oui, mais je fais
pas ma vie parce que j'ai été brûlée.»
«Bannie du soleil», Pascale est toujours partante pour les
voyages. Elle apprécie «beaucoup plus les choses». «Avant,
j'étais très possessive, très impulsive. J'ai encore mon caractère,
mais je vois la vie différemment. Avant, je me disais: "J'habite en
Suisse, j'ai un appartement, une voiture, tout ça est normal."
Tandis que maintenant, je dois me battre pour tout.» Pour ne
plus être dépendante de sa mère, pour avoir une voiture
notamment. Une Peugeot 206 en l'occurrence. Celle que Pascale,
«dans les vapes» au sortir de son coma artificiel, avait
singulièrement «commandée» à son beau-frère garagiste. Une
année plus tard, elle n'a pas pu s'offrir cette 206 «d'occasion qui
a la climatisation et 5 portes parce que s'il arrive un accident, je
veux que tout le monde puisse sortir».
Tout le monde? Des enfants à venir par exemple? «J'avais envie
d'avoir des enfants. Mais maintenant, je ne sais pas si je pourrais
les élever là-dedans parce que moi je dis… (Pascale prend le
temps d'une respiration) qu'on n'est pas à l'abri ici. Ici en
Suisse.»